lundi 19 décembre 2016

Sauveur & Fils Saison 2

Les Hamsters sont de retour !! Merveille des merveilles que de pouvoir connaître la suite des aventures de ce psychologue complètement atypique.

Certaines choses ont bien évolué. Sauveur est en couple avec Louise Rocheteau, et ils envisagent d'emménager ensemble, étape qui va se révéler compliquée quand on a deux familles à réunifier. Notamment avec Alice, en pleine crise d'adolescence, qui se rebelle. Sauveur continue de suivre Ella Kuypens, qui s'affirme de plus en plus. Blandine Carré, hyperactive, que personne n'arrive à canaliser, a lancé sa chaîne sur les poupées Pullip. 
Samuel Cahen est un nouveau venu au cabinet. Il ne s'intéresse qu'aux filles - et se prend des tonnes de râteaux -, ne s'entend pas avec sa mère qui le retient à la maison. Gabin vient quant a lui s'installer dans le grenier. Sa mère, ayant des hallucinations, est de nouveau internée. Alex et Charlie, couple lesbien, veulent agrandir la famille. Enfin surtout Charlie.
Sauveur a du pain sur la planche dans cette nouvelle saison !

C'est extrêmement réjouissant de voir évoluer les personnages ! Ella, mal dans sa peau, s'affirme ici. Elle progresse énormément, même si son évolution est en dents de scie. Il va encore falloir affronter le regard des autres. Le monde du collège est clairement impitoyable. Marie-Aude Murail traite à nouveau des sujets graves, comme le harcèlement scolaire - notamment le cyber harcèlement. Elle questionne le lecteur sur les raisons, la plupart des élèves suivent en effet le leader sans vraiment réfléchir aux causes et conséquences. Elle est totalement en accord avec l'actualité et cette intention de questionnement est clairement louable. 

Le monde de Sauveur s'enrichit de personnalités complètement marginales. Jovo, SDF, ancien militaire, rejoint la tribu. J'adore faire connaissance avec des personnages hors normes, c'est ceux auxquels je m'attache le plus. Magnifique tableau final où Gabin, Lazare, Jovo, Paul, Louise et Sauveur, que tout semble opposer, se fendent la poire.

Les troubles liés à l'adolescence rejoignent bien souvent les troubles familiaux. Samuel est clairement à la recherche d'un père dont il a manqué. L'ex de Louise lui met des bâtons dans les roues pour la garde alternée des deux enfants. Charlie veut absolument un enfant alors que sa compagne n'en désire pas. Dans cette saga, on a une palette très large de situations familiales dans lesquelles on se projette forcément. Que ce soit du point de vue des adolescents qui avouent en souffrir dans le bureau de Sauveur, ou des adultes qui sont confrontés à des choix difficiles et mènent un combat pour rétablir un équilibre.

Ce livre est une immense fresque et ôde à la vie. A toutes ces petites difficultés du quotidien, cette quête d'identité et de soi. C'est à la fois touchant, drôle aussi, intrigant car on tente de comprendre le pourquoi du comment. Puis toujours ce parallèle avec les hamsters. Madame Gustavia met au monde une nouvelle portée, ce qui ne manque pas de créer des situations complètement farfelues !

dimanche 27 novembre 2016

Espionnage intime

Depuis le temps que les ouvrages de Susie Morgenstern me passaient entre les mains, je pourrai enfin dire autre chose que "je connais de nom"! C'est avec Espionnage intime, petit roman de 140 pages, que je découvre une pointure de la littérature jeunesse.

Angélique mène une vie de collégienne tout à fait ordinaire. Elle est bien dans ses baskets, et coule des jours paisibles à l'école et à la maison. C'est même elle qui fait la morale à sa mère qui fume beaucoup trop à son goût. Cette dernière lui offre un jour son premier journal intime. Angélique prend l'habitude d'y livrer quelques unes de ses journées, notamment son ressenti vis à vis d'un garçon de son âge, Arthur. Jusqu'au jour où, entre deux pages, elle découvre de la cendre... Puisque sa mère l'espionne, elle va alors tenter de lui donner une leçon. Sans en imaginer les conséquences...

Belle représentation ici de la relation mère-fille qui se complexifie au moment de l'adolescence. C'est un âge où l'on prend de la distance/ du recul par rapport à sa mère. Les secrets font partie du quotidien. On cherche par dessus tout à préserver son jardin secret. On sent l'inquiétude omniprésente de la mère d'Angélique. C'est ce qui va d'ailleurs la pousser à s'immiscer dans l'intimité de sa fille dans son dos. Finalement, on se rend compte que c'est un passage obligé lorsque la grand mère d'Angélique avoue qu'elle lisait déjà la journal intime de sa fille à l'époque.
Je trouve ça innovant d'avoir une adolescente pour qui tout se passe bien, qui coule des jours heureux, sans nuages à l'horizon - ça change du schéma de l'adolescence complètement chaotique. J'ai vraiment apprécié qu'on ne tombe pas dans le cliché de la crise et d'avoir un tout autre point de vue.

L'intrigue est également inattendue. J'ai personnellement bien aimé le revirement de situation. Je ne m'attendais en rien à ce qui se passe à la fin, et personnellement, j'adore les effets de surprise dans un roman. Surtout l'aspect "Qui veut donner une leçon en reçoit une à son tour". Cette aventure resserre clairement les liens entre la mère et la fille. Oh - Happy ending.

Le rapport à l'écrit est également au cœur du récit. On ressent l'écriture comme une évidence à travers l'écriture du journal intime et le fait qu'Angélique veuille devenir écrivain. Communiquer par écrit est une manière d'affronter les changements de l'adolescence.

Les personnages qui gravitent autour de nos deux protagonistes sont attachants. Pablo, le petit frère un brin intellecto, la Tante Mia, complètement barjo. En quelques mots, j'ai passé un bon moment en compagnie de cette famille, et j'ai clairement replongé en adolescence. 

jeudi 3 novembre 2016

Les Disparus du Clairdelune

La suite des aventures de la Passe-miroir, enfin entre mes mains. J'avais réellement adoré le premier tome, et j'attendais énormément de la suite de ce roman qui m'avait marqué ! 

La vie suit son cours à la Citacielle. Ophélie est promue vice-conteuse et tente de se faire une place dans cet empire mené d'une main de fer par Farouk, l'Esprit de famille maître. Alors que le mariage avec Thorn approche, cette dernière reçoit des lettres de menace. Qui souhaite empêcher leur union ? Mais surtout, pour quelles raisons ? Au même moment, des personnalités haut placées sont portées disparues...  

Vous l'aurez compris, il va y avoir de l'intrigue dans ce second tome ! Les questions fusent dans tous les sens. Surtout qu'il y a ici plusieurs énigmes qui vont s'avérer liées. Mais on n'a beau voir les fils petit à petit, la toile ne se dessine qu'à la toute fin. Je salue grandement l'auteure qui mène le tout magistralement. Tout ça est d'ailleurs bien loin de s'arrêter, puisque la fin ouvre sur quelque chose d'absolument énorme. C'en est presque cruel de nous laisser comme ça, pauvres lecteurs assoiffés que nous sommes. Je prends mon mal en patience.

Au-delà de l'intrigue, j'ai été bluffée par le charisme des personnages. Notamment le Chevalier, délicieusement terrifiant. Ce petit garçon qui ne paye pas de mine, chétif, aux pouvoirs immenses puisqu'il s'insinue dans l'esprit des gens pour l'envahir d'illusions. J'ai rarement rencontré personnage plus dangereux et imprévisible. Notamment parce que c'est un enfant capricieux et rongé par la jalousie, et qu'il n'a aucune maîtrise de lui-même. Farouk est aussi un être incroyable. Sa taille impressionne. Sa présence aussi, puisqu'il compense sa faiblesse - son manque de mémoire - par un côté très autoritaire. 

Nos protagonistes évoluent à leur rythme. J'avoue d'ailleurs que, parfois, je crie intérieurement sur eux. Pour que ça aille plus vite ! Au début de ce second tome, Ophélie reste fidèle à elle même. Ce milieu ultra hostile m'a clairement angoissé. Peut-être parce que je me sens proche d'Ophélie, mais j'ai parfois du mal à supporter ses coups au moral, l'humiliation qu'elle subit - tout le talent d'une plume qui décrit parfaitement les sentiments. Surtout que cette oppression est une constante dans la première partie. Une chute incessante. Aucune branche à laquelle se raccrocher. Puis finalement, le milieu du roman est un tournant. J'ai apprécié de sortir de cette spirale infernale d'événements décourageants. Je me suis plongée corps et âme dans l'enquête, pour me délecter des derniers chapitres - le nirvana.

Encore une fois, j'admire le talent et la précision avec laquelle Christelle Dabos dépeint ce monde. Je trépigne d'impatience de découvrir les mystères du Livre de Farouk et de ce Dieu, pas si bien intentionné que ça.   

Harry Potter et l'Enfant Maudit

23 Décembre 2000. C'est la date à laquelle j'ai terminé le quatrième volet de la saga Harry Potter. Je l'ai d'ailleurs fanatiquement gravée sur les premières pages intérieures - l'ado un peu cinglée. Je me rappelle encore du jour où je l'ai choisi parmi tant d'autres. Un coup de foudre. J'ai commencé la série par la Coupe de Feu, suivie des trois premiers tomes - pour bien faire les choses dans l'ordre. Mais ça faisait sens, ça l'a toujours fait d'ailleurs. Bien avant la sortie des films. A cette époque, j'avais quatorze ans, tout comme Harry. Ce sorcier a tenu une place grandissante, jusqu'à devenir un pilier dans ma vie de lectrice.

Octobre 2016. Je passe de l'autre côté. Je ne suis plus l'adolescente qui vient tranquillement choisir sa lecture de Noël, je suis la passeuse. Deux sentiments m'envahissent. L'excitation, car c'est quand même juste dingue de me dire que je serai aux premières loges d'un événement aussi marquant. L'appréhension. Bien que J.K. Rowling ait choisi d'apposer son nom, elle n'est pas véritablement à l'origine de la pièce. Il y a un réel mystère autour du rôle qu'elle a tenu dans ce nouvel opus. 

L'histoire reprend à l'endroit exact où se termine les Reliques de la Mort. Albus, le deuxième fils de Harry, se tient sur le quai 9 3/4, et attend le Poudlard Express, accompagné de sa famille. Dans le train, il se lie d'amitié avec Scorpius, qui n'est autre que le fils de Drago Malefoy.
Plusieurs années vont s'écouler, renforçant cette amitié. Alors que notre jeune Albus est en quatrième année, il va surprendre une conversation entre son père, et Amos Diggory, le père de Cédric. Ce dernier lui reproche de cacher la vérité à propos de l'existence d'un retourneur de temps. Celui-ci pourrait lui permettre de sauver son fils, tué par Voldemort lors du tournoi des trois sorciers. Bien décidé à prouver à son père qu'il est capable de grandes choses comme lui, Albus va embarquer Scorpius et la mystérieuse Delphi, cousine de Cédric, dans des aventures périlleuses. 
Réussiront-ils à sauver Cédric  ?  Le passé peut-il ainsi être changé en toute impunité ?

Mon impression en lisant les premières pages : le soulagement. Lorsque j'ai appris que ce serait une pièce de théâtre, j'avoue avoir été mitigée. Comment s'imprégner d'un monde fantastique sans les longues descriptions ? Comme l'histoire se déroule dans des endroits très familiers, les dialogues suffisent amplement à se faire les images. Heureuse également de retrouver tous ces personnages - un peu comme retrouver des vieux potes perdus de vue
Harry n'est plus le personnage principal. C'est Scorpius qui lui vole la vedette. La pièce casse cette spirale des Malefoy, famille de méchants(-mais-en-fait-pas-si-redoutables-que-ça), avec un Scorpius tendre, sensible, qui vit seul avec son père depuis la mort de sa mère. Ce personnage est vraiment attachant. C'est drôle parce que personnellement, je suis restée longtemps méfiante envers lui. A tout moment, j'envisageais un potentiel retournement de sa part, que son côté sombre ressurgisse enfin.

Ayant échappé à tous spoilers, j'étais très très enthousiaste en découvrant qu'il s'agit à nouveau d'une histoire... avec des retours dans le temps !! Malheureusement, j'avoue que ce schéma du "On tente de changer le passé, mais en fait c'est encore pire, donc autant revenir dans le présent et accepter son sort" commence à m'insupporter. L'Effet papillon, ou encore 22.11.63 de Stephen King récemment, et il doit y en avoir certainement bien d'autres, ont déjà traité (voire épuisé) le sujet. J'ai trop rencontré cette configuration et surtout cette morale de fin, pour l'apprécier ici.

Autre question de fond de la pièce, les facilités scénaristiques vont bon train. Comment deux gosses de quatrième année peuvent duper une Hermione, Ministre de la Magie, aussi aisément ? Six pages pour fabriquer une potion réputée difficile, entrer dans le bureau et trouver le retourneur. Mais WHAT ?? Vous me direz que Harry, Hermione et Ron l'ont déjà fait, que sans ça, il n'y aurait pas d'histoire. Mais quand on compare combien de temps leur prend la résolution des énigmes, je crois que six pages est imbattable. Le format est certainement mis en cause ici, car une pièce de théâtre ne peut s'étendre trop. La fin où Harry se métamorphose en Voldemort m'a également laissé perplexe. Autant dire que si c'était possible dans le monde des sorciers, on aurait certainement rencontré une métamorphose auparavant ? 

L'Amitié, comme dans toute la saga, reste un incontournable point fort central. C'est toujours le Coeur des romans Harry Potter, et j'aime retrouver cet esprit. Ici encore, le héros n'arrive à rien sans les autres. L'isolement et le repli mènent aux forces du Mal. L'histoire qui s'installe entre Albus et Scorpius est aussi forte que celle de Harry-Ron-Hermione. C'est une chose à laquelle j'accorde beaucoup d'importance et qui m'a une nouvelle fois touchée.

Je qualifierais ma lecture de schizophrénique. Mon Moi, heureuse comme jamais d'être bercée une nouvelle fois par la magie du monde des Sorciers. Mon autre Moi, plus critique, qui saute au plafond parfois, s'interroge. Pour autant, je ne regrette pas une seconde d'avoir ouvert ce livre, et d'avoir fait ce nouveau voyage. Mon Amour de la série l'emporte donc. 

lundi 26 septembre 2016

Foxcraft

C'est l'Automne. Les arbres commencent à prendre des nuances orangées. C'est peut-être pour ça que j'ai opté pour deux romans dont le héros est un renard - qui sait. Le premier dont je vais vous parler est Foxcraft, écrit par Inbali Iserles, qui vient tout juste de paraître aux éditions Albin Michel. Les possédés est le premier tome de ce qui s'annonce comme une nouvelle série dans la veine de la Guerre des Clans. 

Isla, jeune renarde, rentre chez elle après avoir passé la journée à vagabonder. Elle découvre alors que le terrier a pris feu et que tous les membres de sa famille ont disparu. Livrée à elle-même, elle va devoir fuir ce territoire, maintenant occupé par des renards à l'allure effrayante et aux yeux rouges. Elle va prendre des risques en s'approchant notamment du territoire des hommes, qu'elle nomme les Sans-fourrures. Mais elle fera tout pour retrouver ses proches. Alors qu'elle est attaquée par un chien, un renard du nom de Siffrin lui prête secours. Il sera son compagnon dans la grande aventure qu'elle s'apprête à vivre, et va notamment l'initier à la magie, la Foxcraft. Car lui aussi est à la recherche du frère d'Isla, Pirie. Pour quelle raison le recherche-t'on ?  Isla découvrira-t'elle la vérité ?

En lisant ce roman, j'ai retrouvé les mêmes sensations que lors de ma lecture du premier tome de la Guerre des Clans. Isla quitte le cocon familial et doit affronter un monde inconnu, hostile - tout comme Rusty. Son émancipation passe par tout un tas d'épreuves, plus ou moins difficiles. Sans spoiler, il va y avoir de terribles révélations. Elle y fait face dignement. Même si elle paraît très fragile au début du roman, on sent qu'elle devient de plus en plus débrouillarde. 

Les relations avec les autres sont complexes. Les renards-zombis qui ont envahi son territoire sont des ennemis. Les humains sont des ennemis. Les autres canidés - chiens, loups - sont des ennemis. Siffrin est-il un réel allié dans ce monde sans pitié ? Bref, du danger et des prédateurs pour notre petite renarde. C'est ce qui amène beaucoup d'action. Le rythme est relativement soutenu, et c'est assez plaisant. Puis elle va découvrir que les renards sont capables... de magie ! Des choses se mettent en place qui vont certainement monter en puissance dans les prochains tomes !

Un roman à partir de onze ans - pour le côté un peu sombre. Plutôt facile à lire et sympathique !


dimanche 18 septembre 2016

Sally Jones

Après un bel été à arpenter les côtes bretonnes et normandes, me voilà de retour en librairie avec du très bon. A vrai dire, c'est assez marrant puisque lorsque j'ai reçu ce roman dans les nouveautés, j'ai bloqué sur la couverture car je la trouvais... assez perturbante - pour ne pas dire affreuse quoi !
Puis en lisant un avis très positif dessus, et en me penchant un brin sur la quatrième de couverture, j'ai été vraiment intriguée par l'histoire. Je ne regrette pas une seule seconde d'avoir pris le temps de le lire, car ce roman suédois est une vraie merveille. On dira que ça me fait une bonne leçon. Il ne faut jamais se fier aux apparences !

Sally Jones est une gorille peu ordinaire. Elle est totalement intégrée à la société humaine, et coule des jours heureux comme mécanicienne sur le bateau de Chef. Ils forment une équipe du tonnerre. Un jour pourtant, on leur propose une mission qui tourne mal. S'ensuit une altercation sur le port avec un certain Morro. Alors que Morro pointe son arme vers Chef, celui-ci le fait tomber dans l'eau en se débattant. Morro ne remontera jamais à la surface. Chef est alors accusé de meurtre. Sally Jones est désemparée. Pourtant, elle va vite découvrir qu'en réalité... Morro est toujours vivant ! Il a changé d'identité et s'est réfugié en Inde. Sally Jones fera alors tout pour le retrouver et faire ainsi libérer Chef, son ami de toujours.

Ce roman, comme son protagoniste, n'a rien d'ordinaire ! Les personnages, même complètement exubérants, sont extrêmement attachants. Il n'y a pas de véritable "méchant" dans l'histoire, chacun a ses raisons d'agir comme il le fait. Sally Jones est incroyablement généreuse et sensible. C'est elle qui raconte son histoire. Personnellement c'est quelque chose qui a fait toute la différence - ça rend le récit très émouvant. Incapable de s'exprimer par le langage face aux humains, elle est intelligente et arrive toujours à faire passer le message. Puis nous, lecteurs, on est complices puisqu'on a accès à ses écrits. C'est cette complicité, le partage de tout ce qu'elle ressent au plus profond d'elle-même, qui m'a beaucoup plu. 

C'est aussi une immense critique du genre Humain. Les humains traitent bien souvent Sally Jones comme un simple animal dénué de toute intelligence. Elle est notamment vendu à un maharadja collectionneur d'animaux rares pour ses talents aux échecs. Critique également vive du rapport à l'argent. On tente de la marchander à plusieurs reprises, de la trahir toujours en échange d'un gros billet. Malgré tout, l'espoir est là. Le maharadja va clairement évoluer au contact de la gorille. D'un naturel égocentrique, vivant dans un environnement luxueux, il finit par prendre conscience de l'Autre. Ce roman m'a plu aussi pour cet aspect là. L'Homme peut avancer, changer pour devenir meilleur.

Un voyage délirant, Sally Jones t'embarque et t'emmène aux quatre coins du monde ! Le début du roman se déroule au Portugal aux côtés d'une chanteuse de fado - tu auras des chansons dans la tête pendant toute ta lecture tu verras ! Puis c'est dans un palais indien qu'une grand partie de l'histoire se déroule par la suite, et là c'est le dépaysement total. Navigant sur un bateau, ou virevoltant à bord d'un avion, Sally Jones vit des aventures phénoménales, et nous aussi ! 
Sans oublier l'enquête, le mystère, car comment réussira-t'elle à trouver un homme qui a changé d'identité ? 

Je crois avoir rarement été aussi émerveillée par un roman jeunesse. Sally Jones est entré dans mon top, et restera certainement indétrônable un bon moment. Je n'oublierai d'ailleurs jamais ses belles illustrations intérieures. Gros coup de ♥.


vendredi 15 juillet 2016

Le garçon au sommet de la montagne


Un jour de Fête devenu jour de Deuil. Malgré la tristesse qui m'accable aujourd'hui, j'avais envie de vous parler du dernier livre de John Boyne. Ce dernier se passe en grande partie durant la Guerre de 39-45, et traite principalement du Nazisme. Quelque part, il fait clairement écho à tout ce que nous vivons ces temps-ci, car il montre les dangers de l'endoctrinement. Il se veut devoir de mémoire, pourtant il est plus actuel que jamais. Ne pas oublier. Apprendre des erreurs du passé

Nous suivons le parcours de Pierrot, sept ans, qui vit à Paris avec ses parents. Son copain muet, Anshel, est juif. Et ça ne pose aucun problème. C'est même son meilleur ami. Pierrot perd d'abord son père, qui met fin à ses jours, rongé par les souvenirs de ce qu'il a vu sur le champ de bataille durant 14-18. Sa mère, elle, décède de la maladie. S'ensuit un long parcours, un passage à l'orphelinat où l'on retrouve trace de sa tante en Allemagne. Pierrot trouve alors refuge auprès d'elle. Celle-ci est employée au Berghof, qui n'est autre que la résidence secondaire d'Hitler
Alors que l'enfant semble hors de danger et sous la protection d'un membre de sa famille, il est en réalité exposé à l'un des plus grands dangers, la pensée nazie. Sous l'influence d'Hitler, Pierrot se métamorphose, jusqu'à s'engager dans les Jeunesses Hitlériennes. Réagira-t'il assez vite pour ne pas sombrer dans les profondeurs de ce courant destructeur ?

John Boyne nous fait vivre l'histoire (et l'Histoire) à-travers les yeux innocents d'un enfant. C'est quelque chose qui m'a personnellement bouleversé. Notamment lorsque Pierrot prend le train pour l'Allemagne. Une place est disponible dans le wagon du garçon, pourtant les autres passagers rejettent un homme qui vient d'arriver. Pierrot prend la défense de l'homme en montrant qu'une place est disponible. Évidemment qu'il ne voit aucun mal là-dedans. Tout comme lorsqu'on lui interdit de parler de son ami Anshel au Berghof. J'ai été vraiment sensible à cette incompréhension qui apparaît dans le regard de l'enfant. C'est forcément quelque chose de très touchant.

Le cœur du sujet n'est pas tant la Guerre en elle-même, mais plutôt les dommages collatéraux. Le père de Pierrot qui va jusqu'à s'ôter la vie plutôt que de continuer à affronter les horreurs qu'il a vécues. Et puis bien entendu, l'endoctrinement. Depuis la montagne dans laquelle il réside, Pierrot n'a qu'une vision erronée de ce qu'il se passe réellement sur place. Il n'y a que la reconnaissance d'Hitler qui l'intéresse. L'esprit d'un enfant sans repères est malléable, et Pierrot ne dissocie plus le bien du mal. Il va même jusqu'à commettre l'irréparable. En tant que lecteur, on est partagés concernant la responsabilité de Pierrot. On lui en veut de se faire avoir finalement, d'être tombé entre les griffes d'Hitler. Pourtant, ça a été le cas de nombreux soldats, et on ne peut oublier ça. Le manque d'information, la censure. John Boyne nous montre ici comment l'on peut facilement tomber dans le piège du Nazisme. A la fin du conflit, Pierrot fera tout pour se racheter - même si l'on devine que ce sera bien difficile. Il va notamment renouer contact avec Anshel, ce qui prouve qu'il est sur la voie de la rédemption.

Malgré la dureté des épreuves que Pierrot traverse, et la violence de ce qu'il va devenir, c'est un roman à lire absolument. Il dépeint une réalité à laquelle il faut se confronter, quitte à s'y heurter. Toutes les générations doivent pouvoir prendre conscience, et comprendre. 
Il faut juste quelques références historiques pour pouvoir apprécier certaines scènes, mais les cours d'histoire devraient les apporter sans problème !


" Un Peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre. "

                                                                     Winston Churchill